Forte de plus de 30 années d’expériences, Marie-Pierre Calvayrac est chef d’entreprise, présidente et vice-présidente de différents comités, administratrice, mais aussi mère et grand-mère… Elle est ce qu’on peut qualifier aujourd’hui de femme moderne et accomplie !

Lors de cette interview, teintée d’humour et de philosophie, elle nous retrace sa vision du monde professionnel, mais aussi son engagement et ses valeurs, sur lesquelles elle a bâti sa carrière, sans ne jamais négliger pour autant, une vie personnelle bien remplie.

 

Pouvez-vous vous présenter ?

Marie-Pierre Calvayrac et je suis PDG du Groupe Suppléance, dont le siège social est situé à proximité du Stade de France, secteur où, outre mes fonctions de Chef d’Entreprise, je suis très impliquée dans la vie locale par de nombreuses fonctions :

  • Vice-Présidente de la délégation du 93 du réseau Femmes Chefs d’Entreprises
  • Présidente de l’Amet (Service de Santé au Travail) de 11000 adhérents, 110 salariés
  • Vice-Présidente de Plaine Commune Promotions (Plaine Commune est la 1ère agglomération d’entreprises de France), et Président de la Commission en charge de l’accueil des nouvelles entreprises sur le territoire
  • Administratrice à la Caisse d’Allocations Familiales de Bobigny

Ces différents engagements, sont la suite logique de la Présidente assurée pendant 10 ans au sein du SIST, mission clôturée par la signature de nos conventions collectives, et signifiant ainsi la reconnaissance de notre profession, toute nouvelle dans les années 80 et pour laquelle nous étions, jusqu’alors, rattachés aux « Industries de Labeur et Imprimerie ». J’étais aux côtés, avec une poignée de collègues du fondateur du SIST – Jean VIOT – lors de la création de notre syndicat professionnel à la fin des années 80.

 

Quel est votre parcours d’entrepreneure ?

J’ai démarré ma vie professionnelle avant mes 17 ans avec un parcours de secrétaire, assistante publicité, assistance commerciale, mais avec une profonde envie d’être autonome dans mon métier, et éviter le poids de hiérarchie. Je considérais à l’époque qu’un entrepreneur était indépendant, il va s’en dire qu’au fil des années, cette appréciation s’est quelque peu « rénovée ».

Après avoir eu différents projets, autour du commerce, dans ce que j’appelais mon indépendance, à l’âge de 31 ans, à l’issue d’un licenciement économique et d’un nouveau-né, sur les conseils d’un ami médecin, j’ai démarré cette activité de permanence téléphonique médicale, bien décidée à le faire seule ou avec quelques salariés. Mais au début des années 80, la démographie médicale libérale était en pleine expansion et voici arrivée en grand nombre des femmes médecins qui, par leur rôle de mère, épouse, ne voulaient/pouvaient exercer leur métier comme leur confrères du sexe opposé. C’est avec elles, notamment, que cette nouvelle de permanence téléphonique proposée à moindre coût et à horaires restreints a connu très vite un grand succès. En effet, la seule permanence téléphonique de l’époque qui gérait également le transport de sang fonctionnait en 24/7.

Après avoir géré jusqu’à 1.000 carnets de rendez-vous de médecins libéraux, j’ai cédé cette clientèle au début des années 2000, et ai proposé différents services dérivés de mon métier d’origine, aux entreprises de toutes tailles et tous secteurs d’activités. L’explosion des nouvelles technologies et les demandes des entreprises ont permis une évolution constante de ce métier né d’un artisant.

C’est à cette période, qu’en débit d’une résolution première, le Centre a proposé des services continus en 24/7 et s’est doté de deux entités complémentaires dans le domaine de la Relations Clients :

  • Pratic Appel : Centre de relation clients, agence de télémarketing et télévente, centre de formation
  • Agence Welcome : agence d'hôtes et d'hôtesses expérimentés aux métiers de l'accueil physique et téléphonique qui interviennent dans les entreprises pour de courtes ou longues missions

Les années 2000 ont aussi vu l’explosion des prestations off-shore et j’ai fait le choix de maintenir l’activité sur le marché national, espèrons qu’en revendiquant aujourd’hui le " Made in France ", nous serons entendus.

 

Quelles motivations vous ont poussé à vous lancer dans l’entrepreneuriat ?

Autonome très jeune, j’ai toujours eu le souci d’assurer mon indépendance, comme je le disais plus haut, j’avais cette idée de l’entreprenariat,  le rejet de la hiérarchie aussi.

 

Quelles sont les 3 valeurs que vous avez le sentiment d’incarner au sein de Pratic Appel ?

Le Groupe SUPPLEANCE est une entreprise familiale, qui l’est restée, puisque qu’à ce jour, je la co dirige avec ma fille ainée, Nadège. Nous travaillons ensemble depuis plus de 15 ans, et il est évident que la sucession est assurée, mais aussi les valeurs :

  • Respect des salariés (moyenne d’ancienneté de nos salariés de 7 à 8 ans)
  • Promotion interne et évolution des salariés
  • Respect des clients (à l’écoute des besoins)
  • Engagement sur le territoire

Ces valeurs sont les principaux contenus de la RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES (RSE) sujet autour duquel je me suis beaucoup impliquée pour mon entreprise et mes confrères.

 

Pouvez-vous nous présenter votre structure ?

  • Nom : Groupe Suppléance
  • Statut juridique : SAS
  • Date de création : 1983
  • Effectifs : 110 salariés
  • Chiffre d’affaires : 4,3 millions d’euros en 2012
  • Implantations : La Plaine Saint Denis (siège social) et Saint-Priest, dans le Rhône
  • Cœur de métier : toutes les prestations de relation client qui vont de la simple prise de message, à l’assistance technique, avec des synergies de services entre du personnel qui travaille quelque fois chez le client la journée, et des mutualisations chez nous la nuit : relève de standard, gestion d’appels, d’astreinte, hotline et émissions d’appels (enquête de satisfaction, qualification de fichiers, détection de projets, prise de rendez-vous…).
  • Développement : Signataire de la Charte de la Diversité et en cours de certification AFNOR
  • Site internet : www.groupesuppleance.net

 

Quels sont selon vous, les ressorts de la croissance de votre entreprise ?

Bien entendu, je ne vais pas dévoiler tous mes secrets à mes confrères !

L’objectif est de continuer à trouver des niches comme celles où je suis déjà, mobiliser les pouvoirs publics autour de notre « Made in France » et puis tout ce qui est positionnement sur des marchés publics.

 

Quelle politique managériale appliquez-vous au sein de Pratic Appel ?

Notre pyramide d’entreprise n’est pas très élevée : il y a 110 salariés, dont 8 cadres et 102 personnes attachées à l’opérationnel.

On a une politique managériale qui est orientée sur la prise en compte de l’individu, de ses problématiques. Je crois qu’aujourd’hui, il n’y a pas de politique managériale qui se dit politique managériale sans une « prise en charge globale et sociale » du salarié (sans qu’il n’y ait rien de péjoratif la dessous).

Je suis présidente, depuis le mois de juin, d’un service de santé au travail. Au sein de ce service, j’essaye de faire mettre en place le label Européen du bien-être au travail. J’ai commencé les démarches, et j’ai comme objectif, à court terme, de le faire dans mon entreprise.

Quelqu’un qui a un problème de logement on l’aide à rechercher un logement, on fait des avances de prêt lorsqu’ils ont des difficultés. On a un Comité d’Entreprise qui est très actif aussi sur tout ce qu’on leur propose.

Les PME depuis 10 ans supportent des charges directes et indirectes de plus en plus contraignantes, ne laissant aucune marge de manœuvre. J’essaye de prendre en compte le confort et le bien-être des salariés, et rien ne me fait plus plaisir, que la réflexion d’un client qui visite le plateau et sa remarque : « On ne se croirait pas sur un plateau téléphonique ».

 

Comment pensez-vous être perçu par vos collaborateurs masculins ? Et féminins ?

J'ai, au sein de mes équipes encadrantes, un seul homme, c’est dire si la parité est respectée !!

J’apprécie plus les qualités purement féminines dans le milieu professionnel même avec leurs inconvénients, leur sensibilité, leur implication, leur sérieux, rigueur. Toutes mes excuses à ces Messieurs.

Donc comment ils me perçoivent ? Et bien c’est à eux qu’il faudrait poser la question. Je n’en sais rien, c’est difficile de répondre à cette question…

Je m’entoure plus aisément de collaborateurs féminins, je pense que c’est lié à ma personnalité. J’ai plus de facilité à recruter et à manager des femmes. J’arrive à percevoir beaucoup mieux leurs problématiques et à les résoudre rapidement.

Pour revenir à votre question, mes collaborateurs masculins savent qu’ils peuvent venir frapper à ma porte. Je pense que, mais c’est difficile de l’affirmer… ils savent que j’ai toujours une oreille attentive, que ce soit pour leur problèmes professionnels ou personnels.

En tout cas j’espère qu’ils me perçoivent comme ça parce que je fais tout pour !

 

Dans une vie d’entrepreneure, il y a parfois des moments difficiles. Comment s’en sort-on ?

Il y a 4 ans, j’ai rejoint le réseau Femmes Chefs d’Entreprise. En fait, j’ai suivi une formation à la Chambre de Commerce, et j’y ai rencontré la Présidente de mon département. Elle m’a fortement incité à rejoindre le réseau, et j’ai trouvé dans ce groupe, où nous étions une 20éne, un lieu d’échange, de partage d’expériences, de soutien et de formation. Nous organisons des soirées thématiques une fois par mois, pour lesquelles nous invitons des intervenants à réagir sur des sujets précis, que nous choisissons.

Donc je crois, qu’en traversant des moments difficiles, il faut savoir s’ouvrir vers l’extérieur et en parler. C’est la clé ! En parler aussi bien en interne qu’en externe.

En interne il faut faire des réunions de brainstormings, faire partager à ses salariés (à tous les niveaux du salariat) ses difficultés, parce que chacun peux apporter sa pierre à l’édifice et je pense que le salarié, au lieu de vivre cette période comme une contrainte, il le vivra comme un partage.

C’est vers l’extérieur qu’on trouvera les solutions en interne !

 

Etre une entrepreneure, est-ce vraiment plus difficile ?

Non, à mon avis non. Mais c’est un avis très partagé puisque mes collègues par exemple ne le partage pas !

Personnellement, je n’ai pas ressenti, au sein de mon entreprise, de difficultés à être une femme. Je ne l’ai même jamais mesuré.

Il faut dire que j’ai toujours eu la chance d’être bien entourée dans mon cadre familial, ceci est une clé au plein exercice de notre rôle de Chef d’Entreprise. Je dirais même que cette condition est prépondérante pour travailler sereinement. L’équilibre familial est autant important pour le chef d’entreprise que pour le salarié. Le salarié en mal-être personnel s’épanouit difficilement dans l’exerce de son métier.

J’ai eu la chance tout au long de ma vie professionnelle d’avoir mes parents et mon mari près de moi qui comblaient tous les vides que je pouvais laisser partout.

Aujourd’hui, je suis administrateur au sein de la Caisse d’Allocations Familiales, et je me bats pour que l’on fasse étendre les plages d’ouverture des gardes et crèches d’entreprise. Au jour d’aujourd’hui, nous sommes coincés sur du 8h-18h/19h, et cela n’a pas changé depuis 40 ans !

Je crois que nos difficultés sont là, et non au sein de l’entreprise.

Les difficultés d’être « Femmes Entrepreneure » on les constate à l’extérieur, dans les instances professionnelles, syndicales, et autres. C’est là que le réseau Femmes Chef d’Entreprises a toute sa raison d’exister, pour reprendre leur slogan : « Seules nous sommes invisibles, ensemble nous sommes invincibles ». Le réseau favorise l’accès des femmes à des fonctions représentatives.

 

Avez-vous eu à faire des sacrifices ?

Tout ce qui tourne autour de l’entreprise pour moi est très précieux, s’il y a eu des sacrifices, je ne les ai jamais ressentis comme tel !

 

Votre activité s’est peu à peu développée et la concurrence également. Aujourd’hui, il existe une multitude de centres d’appels téléphoniques en France. Comment marquez-vous votre différence ? Quels sont vos atouts ?

J’essaye de marquer ma différence tout d’abord par le « Made in France », le 7j/7 (on est très peu à être réellement ouvert 24h/24) et je cherche des niches de marché sur lesquelles on peut se positionner.

Nos atouts ce sont des équipes très soudées, l’écoute du client parce qu’elle conditionne l’offre, une très grande réactivité à la demande du client et une disponibilité.

 

Aujourd’hui, quels obstacles une femme d’affaire doit-elle surmonter ? Selon vous, y a-t-il des perspectives d’évolution ? Lesquelles ?

Comme je le disais dans une précédente question, les obstacles sont réels dans toutes les instances représentatives corporatives, professionnelles, ou autres. Les obstacles seront franchis lorsque les hommes auront changés, ça n’est pas gagné ! Pourquoi les médias appellent-ils souvent une femme politique par son prénom et jamais un homme !! Voilà un changement à opérer.

 

Selon vous, qu’est-ce qu’une femme dirigeante apporte en plus dans une entreprise ?

Je pense qu’une femme a une vision beaucoup tournée vers l’autre et donc ses salariés. On travaille avec notre sensibilité, on est à l’écoute, et je pense qu’on se remet plus en cause que les hommes. Notre égo est beaucoup moins prononcé.

 

Femme, mère et entrepreneure, est-ce compatible selon vous ?

Oui c’est compatible, mais cela demande un entourage familial équilibré et aidant (qui partage votre occupation et vous accompagne).

 

Appartenez-vous à un groupe féminin d’entrepreneures ?

Je suis vice-présidente du FCE (Femmes Chefs d’Entreprise) délégation 93. Lorsque j’ai été sollicité pour m’y inscrire, ma première réaction a été de dire « Je ne suis pas féministe », et puis, j’ai eu l’occasion de rencontrer la présidente de la délégation 93, qui m’a expliqué toutes les actions qui étaient menées au sein du réseau, tous les partages qu’elles pouvaient avoir entre elles et le véritable objet de l’association. Et cela m’a vraiment séduit ! Ça n’a fait que renforcer le bénéfice que j’en garde. On est toutes sur la même longueur d’ondes.

 

Comment voyez-vous votre avenir ? Avez-vous le sentiment d’une marge de progression possible ?

J’ai 63 ans, mon avenir est plutôt tourné vers la retraite…

Je pense que les quotas de parité sont bénéfiques parce c’est le seul moyen pour que les femmes puissent accéder à des postes au sein d’instances diverses. Mais quand elles y accèdent, il faut  qu’elles puissent s’y maintenir, et là, face à ces Messieurs……

Donc la marge de progression elle est côté féminin : changer la pensée du sexe opposé . Mais c’est la femme qui fait l’homme, donc il faut le dire à toutes les mères !

 

Quels conseils ou mises en garde donneriez-vous aux femmes actives qui souhaitent réussir dans le milieu professionnel en tant qu’entrepreneure ?

Il est essentiel de choisir des collaborateurs performants et se faire aider pour les choisir, surtout si ce sont des hommes. Les choix sont prépondérants, ça parait une évidence ce que je dis, mais bien souvent dans nos métiers ont choisi par défaut.

Ensuite, mon deuxième conseil est de s’ouvrir vers l’extérieur et sortir, s’introduire dans les milieux tenus par les « mecs » ! Il faut que les femmes s’organisent et structurent leur vie personnelle de manière à pouvoir travailler et se tourner vers des groupes de chefs d’entreprise.

 

Quels sont selon vous, les moyens à mettre en place aujourd’hui pour améliorer l’entrepreneuriat au féminin ?

Pour entreprendre au féminin, les obstacles, que les femmes elles-mêmes se mettent sont principalement d’ordre familial.  Aidons-les dans leur quotidien et les obstacles s’effaceront d’eux-mêmes.